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Contribution du CEPRI sur la prévention des dommages d’inondation lors des opérations de renouvellement urbain en vue d’améliorer le caractère durable des villes

Prendre en compte les conséquences des inondations dans le renouvellement urbain est une chance unique de mieux préparer nos villes à supporter les conséquences gravissimes des inondations de grande ampleur que notre pays et nos grandes agglomérations peuvent connaître : c’est par une telle anticipation, vraiment possible à l’occasion de telles opérations, que l’on rendra nos villes plus durables à cet égard et qu’on leur donnera la possibilité de rester économiquement compétitive par rapport à d’autres villes d’Europe et du Monde qui ont déjà intégré ce risque dans plusieurs quartiers, à un niveau bien supérieur au niveau français.


L’inondation reste encore aujourd’hui une menace mal mesurée par les acteurs de l’aménagement du territoire. Cela n’a rien d’étonnant. Les phénomènes d’inondation qui se sont produits ces 25 ou 30 dernières années, bien que localement importants, n’ont pas eu de répercussions majeures au plan national et n’ont pas réellement remis en cause les modèles de développement urbain aujourd’hui les plus largement répandus. Mais la France connaîtra des évènements d’inondation autrement plus graves, tels que ceux qui se sont produits en 1910 sur tout le bassin de la Seine et quelques autres (Loire aval, Saône-Doubs), ou en 1856 sur la Loire, la Garonne, le Rhône et la Seine amont (55 départements sinistrés en même temps), et dont on a peine à imaginer les conséquences tant ils risquent de bouleverser l’équilibre économique et social de notre pays.


Les récents événements du Royaume-Uni (2007), de la Nouvelle-Orléans (2005) ou de Prague (2002) nous donnent quelques idées des conséquences graves qu’il faut anticiper. L’inondation de 2007 au Royaume Uni est similaire en ampleur géographique à l’évènement de 1856. Le bilan fait par le gouvernement fait état de 55.000 biens inondés, 7.000 personnes secourues, 13 personnes décédées, 350.000 personnes sans eau pendant 17 jours, 42.000 sans électricité pendant 24 h décrite et le considère comme l’évènement de gestion de crise le pire depuis la seconde guerre mondiale. La Nouvelle Orléans quant à elle peine encore à se remettre de l’inondation qui l’a submergée voilà près de 5 ans. 2.000 personnes y ont laissé la vie, un tiers de la population a définitivement quitté la ville, des quartiers ont été totalement rasés, les services publics fonctionnent aujourd’hui au tiers ou à moitié et le seul hôpital public de la ville n’est toujours pas ouvert. Pour quelles raisons ? Les médias ont pointé du doigt une organisation défaillante de la gestion de crise. Ils n’avaient pas tort. Ils ont néanmoins oublié l’essentiel : le développement urbain de la nouvelle Orléans dans une zone largement inondable, s’est fait en totale méconnaissance du risque auquel la ville était soumise. Il en a résulté une urbanisation inadaptée, faite de bâtiments et de réseaux vulnérables et par là-même incapables de supporter sans trop de dommages, une inondation de plus d’un mètre d’eau pendant plusieurs jours. Ces exemples montrent qu’une ville qui ne prend pas en compte le risque d’inondation dans son urbanisme et son développement socio-économique découvre qu’elle n’est pas « durable » lorsque l’inondation survient.


La situation française n’est pas très différente. Nos grandes agglomérations sont menacées car l’urbanisation de ces cinquante dernières années a limité la prise en compte du risque d’inondation à une question d’interdiction de construire, sans se préoccuper des réseaux ou investir massivement dans un renouvellement urbain qui soit plus résilient. On peut citer la région parisienne où plus d’un million de personnes seraient touchés en même temps, ainsi que près de 200 000 entreprises, une grande partie des réseaux de transports (métro, train, voies rapides), d’électricité, d’eau, d’assainissement, de chauffage urbain ainsi que de nombreux services publics (sociaux, sanitaires...), pour comprendre les enjeux du renouvellement de la ville de demain. Mais les inondations des XIX° et XX° siècle, qui se reproduiront, ont provoqué de graves dommages et demandé plusieurs mois de reconstruction dans de nombreux quartiers de Bordeaux, Toulouse, Agen, Grenoble, Lyon, Troyes, Chambéry, Annecy, Orléans, Tours, Strasbourg, etc. Plus de 80 % de nos agglomérations sont fortement soumises à l’inondation sans mesurer réellement l’importance des atteintes.


Saisir la contrainte de l’inondation pour en faire une opportunité de développement singulier de l’urbanisation du territoire, moins vulnérable à l’inondation, est-il concevable ? Passer de la contrainte au projet, est-ce possible lorsque la ville se reconstruit sur elle-même ? Des exemples commencent à prouver que c’est une chance à saisir. Les projets urbains résilients émergent petit à petit : l’opération d’intérêt national Seine amont portée par l’EPAORSA a placé au cœur de la rénovation de quartiers inondables des bords de Seine, la problématique de la résilience du territoire et notamment de ses logements. L’ambition portée par l’établissement public est d’en faire une opération exemplaire à l’échelle nationale. A Rennes, au bord de la Vilaine, une ZAC composée de logements, de bureaux, totalement résiliente au risque d’inondation est en train de voir le jour. A Francfort, Hambourg, Mayence, d’anciens quartiers portuaires ont été ou seront transformés en quartiers d’habitation résilients à l’inondation, et conçus pour ne pas avoir de perturbations majeures avant des crues de période de retour 200 à 500 ans. La Nouvelle-Orléans cherche à se reconstruire plus durablement, sans pouvoir éviter d’être à nouveau inondée pour des évènements de période centennale. Un concours d’architecture et d’urbanisme a vu émerger des dizaines de projets proposant une autre forme « d’habiter » la zone inondable située entre le Mississippi et le lac Ponchartrain.


Les opportunités sont nombreuses et peuvent devenir de véritables vitrines. Il suffit de voir les projets en cours ou achevés et leur aura sur Nantes, Grenoble, Lyon, Bordeaux ou d’autres villes majeures, pour réaliser à quel point un changement de perspective et une prise de conscience s’impose (les quartier des villes citées seront tous impactés par une crue majeure similaire à celles qu’ont eu à gérer les exemples étrangers mentionnés et que la nouvelle directive européenne sur la prévention et la gestion des risques d’inondation demande de prendre en considération au titre de la compétitivité économique des territoires européens).


L’enjeu, aujourd’hui, est donc de renverser le regard des décideurs de l’aménagement du territoire sur l’opportunité (et non la contrainte) que représente le renouvellement urbain en zone inondable avec l’objectif de bâtir des villes « zéro dommage », c’est-à-dire tout simplement des villes durables : les exemples européens intègrent tous la prise en compte de l’inondation comme une condition indispensable pour rendre une ville durable. Les opportunités existent en France : le CEPRI en a identifié plusieurs dans le cadre d’un travail sur un « logement zéro dommages à l’inondation ». A nous de nous en inspirer pour les multiplier, en nous interrogeant sur un urbanisme plus résilient et plus durable.

Nicolas-Gérard CAMPHUIS, Directeur

Nicolas BAUDUCEAU, en charge du projet « logement zéro dommages à l’inondation »


CEPRI

B.P. 2019

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