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Avis et propositions concernant les enquêtes ménages et les données déplacements-mobilités

Note du Club Transports & Mobilités de la FNAU

A) Des critiques

- Les EMD sont trop peu fréquentes. Pour autant il ne semble pas possible d’obtenir une richesse et une qualité (robustesse) équivalente sans passer par des enquêtes lourdes donc difficiles à mettre en oeuvre et longues à exploiter

  • Les EMD ne permettent pas d’étudier les micro-variations, les réponses à des chocs conjoncturels ou même les variations saisonnières mais seulement les tendances
    lourdes, massives de la mobilité. Les chocs conjoncturels viennent perturber les analyses sans qu’il soit possible de les dissocier des tendances de fond
  • Les EMD décrivent les déplacements des personnes sur une seule journée or les pratiques de mobilités sont variables d’un jour à l’autre et s’expriment entièrement sur de plus longues périodes qui ne sont pas observées. Les EMD rendent compte des déplacements d’un jour, mais pas des pratiques des individus notamment dans leur caractère changeant et opportuniste.
  • Les EMD sont des enquêtes quantitatives, même si très détaillées. Il manque les éléments qualitatifs permettant d’appréhender mieux les facteurs explicatifs des comportements de mobilité. Elles ne permettent pas d’appréhender certaines évolutions, par exemple le télétravail, les achats par mail, le covoiturage, ... qui peuvent impacter les pratiques de mobilité.
  • Il y a peu de transversalité et souvent un sentiment de cloisonnement entre les techniciens transport d’une part et les urbanistes en charge des documents de planification d’autre part, et donc des difficultés à intégrer les orientations stratégiques qui découlent des analyses des enquêtes de mobilité dans les exercices de planification en cours.

B) Des attendus

  • De nouveaux outils qui puissent permettre de mieux connaître et de suivre l’évolution de la mobilité. Il s’agit notamment de pouvoir répondre réellement aux exigences
    légales en matière de suivi de la mobilité comme lors de la mise en place d’un projet d’axe lourd de transport.
  • Des outils communs à l’échelle nationale de partage et d’analyse des données issues des EMD
  • Des outils d’observations de la mobilité non pas générale mais liée à l’individu dans un temps long afin de mieux connaître les arbitrages, les stratégies adoptés mais aussi mieux analyser les pratiques intermodales (mieux connaître la demande pour mieux améliorer l’offre)
  • Un changement de contexte est probable vers une mobilité plus chère. Est-ce que nos connaissances et nos référentiels resteront valables ? N’est-il pas nécessaire d’investir dans une analyse plus fine de la sensibilité des individus vis-à-vis des variables économiques et financières ?

C) Des suggestions

  • En matière de recueil de données, est-il possible d’envisager, à l’image de la démarche mise en place pour le transport de marchandise en ville (FRETURB), une
    base nationale de laquelle soient extractibles des données locales sous réserve d’être complétées/calées par des enquêtes plus légères et plus ciblées qui restent à
    définir (enquêtes téléphonique sur échantillon, enquêtes dans les bus, ...) ? Ce n’est pas une idée nouvelle mais elle mérite d’être approfondie.
  • Pour les données plus précises sur les "nouvelles" pratiques de mobilité, ne faudrait-il pas définir de nouvelles méthodologies d’enquête portant sur des publics plus ciblés afin d’appréhender ces évolutions potentielles et surtout d’en suivre leurs évolutions ?
  • En matière d’exploitation il y a certainement lieu de sortir des outils traditionnels de la statistique descriptive pour investir d’autres manières d’analyser les données. Un guide national pour l’exploitation serait à rédiger pour populariser d’autres méthodes que celles les plus classiques (analyse de correspondance, économétrie, classification, ...)
  • En matière d’interprétation, il peut être fait appel à d’autres disciplines que les transports comme la sociologie et l’économie. Il faut dégager des vues extérieures aux seules problématiques transport mais aussi rester capable de faire les liens entre les disciplines et garder une vue d’ensemble.
  • Pour tous ces aspects, les outils TIC devraient jouer un plus grand rôle, au niveau national, dans l’observation de la mobilité : accès aux enquêtes et données des différentes agglomérations, création d’un observatoire national des déplacements urbains. Il n’est pas impensable d’envisager un site web dédié, avec bases de données accessibles et outils d’extraction et de visualisation.
  • Le partage des résultats est à renforcer par des lieux ou des moments d’échanges permettant notamment de mieux expliquer les problématiques traitées : il s’agit de
    rassembler les élus et les techniciens, et pas seulement ceux en charge des transports, de manière régulière et en profiter de faire le lien entre l’actualité transport toujours très visible et la réflexion et l’analyse en matière de mobilité.
  • Tout un travail de communication est à développer vers les élus et vers les techniciens non-spécialistes des transports pour que ces acteurs s’approprient mieux les résultats et enseignements de l’enquête et intègrent dans leurs réflexions les questions de mobilité.. Ainsi, il serait ainsi opportun de mettre davantage en perspective les résultats EMD avec les enjeux actuels des territoires et ne pas uniquement reproduire systématiquement les analyses réalisées dans les EMD précédentes : réaliser des analyses ciblées répondant à une problématique actuelle de transport, de Développement Durable, d’aménagement du territoire.