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Contribution du Groupement des Autorités Responsables de Transport

Julien Allaire, responsable du pôle économique

La connaissance sur les mobilités est un enjeu essentiel dans la mise en œuvre d’une mobilité durable sur nos territoires. Les élus autant que les techniciens des Autorités Organisatrices de Transport sont à la recherche de telles informations qui doivent servir d’aide à la décision tant pour la planification des systèmes de transport, que pour le déploiement de l’offre de services.
Si l’on regarde les besoins de long-terme, il semble que nous soyons à un point d’inflexion à la fois dans le développement des systèmes de transports et dans les comportements de mobilité :

D’un coté :

  • Les activités quotidiennes des populations ont été modifiées par les nouvelles formes de travail, les nouveaux types de ménages, les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, etc.
  • La mobilité quotidienne se stabilise voire diminue après des années de croissance, d’après les Enquêtes Ménages Déplacements récentes.
  • La raréfaction de l’énergie et la prise de conscience de l’enjeu du dérèglement climatique se traduit par des changements de comportements de la part de nos concitoyens.
  • Le vieillissement de la population devrait également se traduire par de nouveaux comportements de mobilité.

De l’autre :

  • Le mode de développement des réseaux de transports collectifs est à transformer du fait des contraintes financières et de la future demande attendue.
  • Cette transformation passe nécessairement par la multi-modalité qui s’appuie particulièrement sur les modes de transports actifs, et a fortiori sur la bicyclette, qui a retrouvée ses lettres de noblesse.
  • L’industrie automobile est (enfin !) en mutation. D’une industrie qui vend des objets, elle devrait se transformer en une industrie qui vend des services de mobilité.

Doit-on pour autant penser que les années 2010 vont montrer une rupture avec les tendances les plus lourdes de la mobilité dans notre société : « toujours plus vite, toujours plus loin, toujours plus seul ? » Quelles vont être les nouvelles tendances ? Quels seront les besoins, les envies de nos concitoyens ?
Les travaux sur la demande de mobilité et donc sur les activités des habitants de nos villes doivent nous éclairer nous permettre ensuite d’orienter le choix des politiques publiques sur le long terme, c’est-à-dire pour les AOT, pour réaliser la planification des déplacements.

Toutefois, nous avons également besoin de travaux pour répondre aux enjeux de court terme, c’est-à-dire la restructuration de l’offre de transport collectif et son imbrication avec les autres modes de transport.

Nos réseaux de transport collectif sont largement utilisés par des captifs. A présent, nous devons capter les actifs !

Ce la signifie que nous devons rendre attractifs nos réseaux à ces nouveaux types d’usagers. Si l’on s’intéresse alors à la mobilité domicile-travail, il faut à la fois étudier les flux produits par une entreprise et une administration. Dans ce sens les démarches de PDE et de PDA doivent nous fournir des éléments quant à la mobilité contrainte et permettre de structurer le système global de mobilité de nos villes.
Le point de départ de ces démarches est le « pôle générateur de trafic ». Mais il serait également intéressant d’étudier les flux depuis leur point de départs, les zones résidentielles, pour étudier les synergies possibles (pour du covoiturage, etc.).

Par ailleurs, des études plus simples, par activités pourraient également permettre d’éclairer les citoyens sur leurs comportements de mobilité :

  • « Combien de kilomètres parcourus pour aller au Cinéma ? Avec quel mode ? » ;
  • « Combien de kilomètres parcourus en moyenne pour acheter une baguette de pain ? Avec quel mode ? », etc.

Ces informations seront riches en enseignement pour les autorités de transport et pour la profession, elles permettront également de construire la vulgarisation autour de la mobilité durable :

  • « Pour aller chercher 250 g de pain, on consomme en moyenne X grammes de carburant. »
  • « X g de CO2 on été émis pour aller voir le film d’Al Gore, une vérité qui dérange, c’est X% de moins par spectateur que Bienvenus chez les Ch’tis ».

De telles études permettront d’éclairer les citoyens sur les conséquences de leur choix individuels et permettront d’intégrer la contrainte de la sobriété énergétique. Le développement durable échouera si les politiques publiques qui agissent dans l’intérêt général sont subies par les citoyens. Il faut donc informer et même éduquer (sans bien entendu « jouer les donneurs de leçon ») pour que tous puissent se les approprier.
Autrement dit, l’instauration d’une mobilité durable passe par un renforcement des relations entre les décideurs, les experts et les citoyens.

Pour finir, comme nous y sommes invités, il me semble important d’évoquer le mode de gouvernance du CERTU. Sous l’impulsion de son nouveau directeur, le CERTU se tourne de plus en plus vers les collectivités locales et nous ne pouvons au GART que nous en réjouir. Cette orientation est logique étant donnée que les compétences d’urbanisme et de mobilité sont à présent décentralisées. Toutefois, il paraît primordial que les collectivités aient une plus grande place dans la gouvernance du CERTU, c’est-à-dire dans la définition de la stratégie de cet organisme. Sans cela, les collectivités risquent de considérer que le CERTU participe à un phénomène de recentralisation, qui suscite des inquiétudes dans les territoires en ce début de décennie.