Contenu

Compte-rendu de l’atelier n°3

L’approche locale du changement climatique et de la prévention des risques

Animateur

    • Michel Cenut, Certu

Témoins

    • Daniel Delalande, DGEC-MEEDDM
    • Christian Labie, Rhône-Alpes Énergie Environnement
    • Valéry Masson, Météo-France
    • Anne-Marie Levraut, DGPR-MEEDDM
    • Guy DANIEL, adjoint au maire de Sommières

Quelles sont les échelles - nationales, régionales, locales - les mieux
adaptées pour traiter des problèmes d’atténuation et d’adaptation ? Comment
prendre en compte les spécificités territoriales et comment mobiliser les
différents acteurs ?


Cité internationale de Lyon, les 2 et 3 février 2010

Michel Cenut, Certu

Nous avons tous en tête les conséquences possibles que le changement climatique pourrait
avoir sur les phénomènes extrêmes, leur intensité, leur fréquence. La prévention des risques
est un sujet à part entière, mais c’est aussi un très bon exemple des difficultés et des
moyens que nous avons pour répondre à une problématique d’adaptation au changement
climatique s’il y a lieu mais aussi tout simplement aux phénomènes météorologiques
saisonniers. On traite, à travers la prévention des risques, de la question de la vulnérabilité
urbaine, comment la ville peut encaisser ces risques et comment l’on traite la question de la
préparation à la gestion de crise. On traite aussi de la capacité d’une ville à retourner à la
normale, la résilience. Indépendamment des variations climatiques, dont les conséquences
peuvent être plus ou moins évidentes sur les phénomènes d’inondation, de sécheresse, il y a
ici tout un champ d’action en tant que tel.

Le Certu s’y implique parce que la ville concentre la majeure partie de la population,
l’essentiel de l’activité économique. C’est donc le champ privilégié de l’action.

S’agissant du réchauffement climatique, il est en marche et nous devrons nous y adapter.
Que ce soit sur le domaine des risques, sur le changement climatique, des initiatives ont été
prises au niveau national mais l’on voit qu’un problème global se retrouve dans les deux
champs, à savoir comment passer de ce global à l’action locale, quelles sont les échelles
géographiques et de temps pour agir, comment décliner les engagements nationaux aux
échelles régionales, comment prendre en compte les spécificités territoriales et comment
travailler ensemble.

· Exposé

Daniel Delalande, DGEC-MEEDDM

Le département de lutte contre l’effet de serre est au sein de la Direction générale de
l’énergie et du climat. Aujourd’hui, dans cette Direction, nous avons regroupé les trois
problématiques que sont l’énergie, le climat et l’air.

A la question de savoir quelles sont les échelles les mieux adaptées pour les problèmes
d’atténuation et d’adaptation, il n’y a pas de frontière. Il vaut mieux traiter le problème de la
complémentarité des instruments de politique publique. Par exemple, réduire une tonne de
CO2, que ce soit à Paris ou à Moscou, a le même impact climatique. En revanche, les
instruments conduisant à cette réduction auront des effets externes qu’il faut prendre en
compte pour avoir une politique efficace et cohérente.

S’agissant de l’adaptation, nous savons que le changement climatique aura des impacts
territorialisés. A priori, notre niveau d’intervention sur ces impacts devrait être territorial.
Toutefois, les dommages du changement climatique seront tels que l’on ne pourra pas le
cantonner à un territoire. Il n’en demeure pas moins que les villes et les territoires sont un
lieu important pour lutter contre le changement climatique. En effet, les villes ont la gestion
d’un certain patrimoine qui contribue à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, et
la gestion des documents d’urbanisme, sachant que ces derniers ont un impact très
important sur les formes urbaines et sur des impacts en termes de réduction des émissions
de gaz à effet de serre. Un scénario a été réalisé par des laboratoires, dont le but était de
savoir quels étaient les meilleurs scénarios à l’horizon 2050 pour réduire les émissions de
gaz à effet de serre. Dans un premier temps, les modélisateurs ont envoyé un signal prix,
lequel en augmentant conduirait à davantage de réduction des émissions de gaz à effet de
serre. Dans un deuxième temps, ils ont rentré une organisation spatiale différente dans leur
modèle. En mettant en place des formes urbaines qui soient capables de réduire les
émissions de gaz à effet de serre, on diminuait le prix à la tonne de CO2 et l’on atteignait à
moindre coût les objectifs de division par quatre des émissions de gaz à effet de serre à
l’horizon 2050, soit de division par deux. Le message de ces scénarios était de dire qu’il n’y
a pas uniquement des instruments économiques, comme la taxe ou le système d’échange
de quotas, mais qu’il y a également des instruments qui relèvent plus de la politique de
l’urbanisme. C’est à partir de ce constat et de cette analyse de l’importance des différentes
échelles territoriales que le Grenelle propose trois outils :

  • L’introduction dans le droit d’urbanisme des problématiques efficacité énergétique et
    changements climatiques : les collectivités territoriales, à côté des objectifs traditionnels, ont
    désormais un objectif en terme de lutte contre le changement climatique.
  • L’obligation pour les communes et toute collectivité territoriale de plus de 50 000 habitants de
    produire un plan climat énergie territorial : il devra s’asseoir sur un constat d’évolution des émissions
    et sur un programme d’action. Il aura une périodicité qui sera rendue publique. A cela se rajoute
    l’obligation des bilans des émissions de gaz à effet de serre : pour les entreprises de plus de 500
    salariés, les établissements publics de plus de 250 salariés, et les collectivités territoriales.
  • La création des schémas régionaux climat/air/énergie : on va demander que ce schéma soit coélaboré
    par l’État et le conseil régional. Ces schémas vont devoir intégrer les trois problématiques et
    d’essayer d’être le plus cohérent possible dans les outils de mise en œuvre. Ces schémas auront pour
    objectif d’essayer de trouver une cohérence entre les différents échelons territoriaux. Les plans
    climat/énergie territoriaux devront être compatibles avec les schémas régionaux. Comme les SCOT et
    les PLU doivent prendre en compte les plans climat/énergie territoriaux, l’idée est d’avoir une
    articulation qui soit la plus cohérente possible entre les documents d’urbanisme et le niveau
    supérieur des schémas régionaux.

Christian Labie, directeur de Rhône-Alpes Énergie Environnement

L’Agence régionale d’Énergie Environnement en Rhône-Alpes est une structure d’une
trentaine d’années. Elle a l’avantage de réunir un certain nombre de partenaires répartis en
cinq collèges dont plus de la moitié sont des collectivités territoriales de tout niveau.
Historiquement, son objet était de travailler sur la maitrise de l’énergie, les économies et le
développement des énergies renouvelables. Au début des années 90, elle est venue
davantage sur l’environnement et sur le développement durable avec l’approche des
agendas 21 locaux.

La structure intervient sur trois grands thèmes :
- Une fonction de centre de ressources et d’échanges, avec de la sensibilisation, des bases
de données, de l’information mise à disposition,
- Une fonction de conseil et d’accompagnement de porteurs de projet,
- Une fonction d’accompagnement et de mise en œuvre de programmes à l’échelle d’un
territoire (pays, département, région).

Les actions de la structure sont menées sur les aspects climat et lutte contre le changement
climatique. Les cibles des premières réunions étaient les décideurs (collectivités locales,
responsables d’entreprise). Nous avons démarré au début des années 2000 par la mise en
place d’un observatoire régional de l’énergie et des gaz à effet de serre. Cet observatoire est
financé par l’État (ADEME) et la région. Il y a un an et demi, nous avons fait un
rapprochement avec les associations agrées de surveillance de la qualité de l’air. Nous
sommes actuellement en train de constituer une base de données commune.

Nous avons commencé à regarder l’adaptation en 2006/2007, le travail ayant débouché sur
un guide « Changement climatique, comment s’adapter en Rhône-Alpes ? », compilant ce qui
se faisait de façon séparée par divers organismes en région, sur les aspects risques
naturels, ressources en eau, montagne, tourisme, industrie...

Une autre démarche régionale concerne un groupe de recherche et d’actions sur l’adaptation
au changement climatique, créé dans la foulée de la publication du guide, avec les
organismes qui avaient participé. Ce groupe permet de mettre en place des outils et des
actions communes au niveau local ou régional.

Quelles sont les échelles adaptées ? L’adaptation est une question qui est locale par nature.
Les évolutions climatiques peuvent être très différentes entre deux territoires relativement
proches. De par leurs caractéristiques physiques ou géographiques, les territoires seront
plus ou moins vulnérables. Par ailleurs, toute collectivité locale est concernée. Il y a
nécessité d’inscrire toute décision d’aménagement ou d’investissement de long terme dans
une logique d’adaptation au changement climatique. En outre, la question de la bonne
échelle ne doit pas être source d’inertie. La lutte contre le changement climatique doit être
menée à toutes les échelles du territoire, selon les compétences de chaque collectivité, de
façon concertée avec les autres acteurs impliqués, notamment d’autres territoires.

Comment mobiliser les différents acteurs et les faire travailler ensemble ? La mobilisation
doit se faire autour d’un projet concret partagé entre les différents acteurs. Les réseaux
doivent associer des acteurs issus du monde de la recherche, les institutions, les collectivités
locales, des acteurs privés.

Valéry Masson, Météo-France

Les impacts du changement climatique sur la ville peuvent être divers. Ils se classent en trois
grandes catégories : les hausses des niveaux des mers, les phénomènes liés à l’eau (fortes
pluies, inondations, ouragans), les phénomènes liés aux vagues de chaleur (canicule,
désertification, feux de forêts gigantesques). Différentes questions se posent face à ces
impacts : impacts sociaux, économiques, environnementaux... Par exemple, va-t-on
consommer davantage d’énergie en été qu’en hiver du fait des climatiseurs ? Par ailleurs, il
va falloir, pour chaque ville, construire des stratégies d’adaptation propres.

S’agissant du phénomène de canicule, en 2003, nous avons noté des impacts particuliers,
notamment sur les grandes villes. D’après une simulation climatique de la température
moyenne en été sur tout le 20ème siècle, et d’après un scénario de changement climatique
pour le 21ème siècle, 2003 pourrait s’apparenter à un été frais à la fin du siècle. Si l’on veut
adapter une ville au changement climatique, cette adaptation doit être modulable en fonction
des différents scénarios du futur pour lesquels nous ignorons encore lequel sera le bon. Par
ailleurs, les îlots de chaleur dans les villes, qui peuvent impliquer la nuit jusqu’à huit degrés
de différence avec des lieux en campagne, ne sont pas dus au CO2 relâché par la ville.
Celui-ci contribue au réchauffement climatique mais ne contribue pas à réchauffer l’air au dessus
de la ville. Ce n’est pas non plus dû à la pollution. C’est en fait lié à
l’imperméabilisation des surfaces. Ainsi, si nous avons moins de surfaces imperméables,
plus de végétation, on va diminuer l’îlot de chaleur.

Pour simuler les interactions entre le changement climatique, le climat urbain et les villes,
nous sommes obligés d’arriver à des approches interdisciplinaires, en tenant compte des
aspects réchauffement climatique, évolution de la ville, évolution des modes de vies
(transport, chauffage, climatisation).

Nous avons travaillé sur le projet du Grand Paris pour regarder quel pouvait être l’impact des
scénarios proposés par les urbanistes et architectes sur le climat. Plusieurs hypothèses ont
été avancées, sur l’agriculture dans une zone de 50 km autour de Paris, sur les forêts, sur
les lacs. La première hypothèse était de modifier les cultures céréalières en cultures
maraichères. Cela aurait un impact en période de canicule. Il a également été proposé
d’étendre les forêts de 30% dans la zone et de les valoriser en termes de bois énergie ou
bois pour la menuiserie. Une autre proposition était d’étendre les lacs, principalement en
amont de Paris. Il a été proposé de coupler un scénario avec des peintures plus
réfléchissantes de l’énergie solaire permettant d’avoir des surfaces plus fraiches. Pour
simuler l’impact de ces modifications dans le climat futur, nous avons pris l’épisode de la
canicule 2003 couplé avec les scénarios d’aménagement : soit l’état actuel de la région
parisienne, soit l’état en 2030 proposé par le scénario d’Yves Lion. Nous avons fait deux
simulations de la température de l’air, avec un modèle atmosphérique et nous avons regardé
l’impact sur la température nocturne. Nous avons jusqu’à trois degrés en moins dans la
région périurbaine et un refroidissement de deux degrés dans Paris intramuros.

En conclusion, cette simulation a permis de sensibiliser les architectes et les urbanistes au
microclimat urbain. De plus, il est possible de faire des aménagements urbains d’assez
grande ampleur, mais réalistes, qui auront un effet sur le climat local.

Michel Cenut, Certu

Votre présentation rejoint un autre atelier intitulé « ville et nature, biodiversité, paysage et
eaux pluviales ». On commence à s’apercevoir que la présence de la nature en ville et de
l’eau a aussi un rôle sur le rafraichissement.

· Questions de la salle

Xavier Robin, chargé de l’environnement, ville de Villefontaine

Par rapport aux possibilités techniques pour influer sur l’îlot de chaleur, quelle est l’ampleur
d’application de ces techniques pour réaliser les deux à trois degrés d’économie ?

Valéry Masson

Il s’agit de toute la zone périurbaine pour les peintures des toits. Il s’agit d’une opération de
rénovation de grande ampleur.
Bénédicte Salle, responsable d’opérations, Rouen Seine Aménagement
Nous travaillons sur une opération visant à réfléchir sur l’évolution des villes de demain face
au réchauffement climatique. Nous réfléchissons aux aspects des îlots de chaleur en milieu
urbain, et sur un système pour limiter les émissions de gaz à effet de serre, avec l’utilisation
de la géothermie à l’échelle d’un quartier. Quel est lien qui est fait entre les services de l’État
et les différentes initiatives européennes ? Quel lien existe entre les programmes européens
mis en œuvre sur ces aspects, les décisions de l’État et le chargé d’opération sur son projet
urbain ? Quels sont les financements possibles pour ce genre d’adaptation ?

Daniel Delalande

S’agissant du calendrier, pour les schémas régionaux, il s’agit d’un an après la promulgation
de la loi. La loi devrait être promulguée en juillet/août et le schéma devrait être élaboré en
été 2011. Pour les plans climat/énergie territoriaux, la date est 2012, ainsi que les bilans. Sur
les liens entre les services de l’État et l’Union Européenne, nous ne sommes pas toujours
impliqués dans les programmes. Toutefois, pour les bilans des émissions de gaz à effet de
serre, nous avons des échanges avec l’Union Européenne puisque la Commission
Européenne souhaiterait que l’on harmonise les démarches en termes de bilan. Le Ministère
a mis en place un groupe intitulé « ville et changement climatique », qui a une vocation
internationale et européenne : il réunit les collectivités locales mais également les services
de l’administration. Nous avons créé quatre sous-groupes de travail : un premier groupe sur
les inventaires, un groupe sur les financements que l’on pourrait mettre en place pour les
villes, un groupe institution et un groupe juridique.

Concernant les financements, un certain nombre d’outils ont été mis en œuvre à travers les
lois du Grenelle : les tarifs d’achat, le fonds chaleur, des aides spécifiques, le crédit d’impôt
au développement durable, les certificats d’économie d’énergie. Nous engageons par
ailleurs une réflexion sur le financement de l’adaptation. En termes de fonds structurels
européens, nous avons quelques programmes qui sont limités. Il faut noter qu’en termes de
dommages et de montant de l’adaptation, tout dépendra du type de scénario. Il faudra mettre
en contrepartie du coût d’une action le bénéfice à échapper aux dommages.

Pour établir le plan national d’adaptation, le Ministre a souhaité qu’il soit élaboré sur la base
d’une concertation. Dans le groupe sur les moyens, nous traiterons de la thématique du
financement, sachant que des pistes ont été ouvertes dans la stratégie nationale.

Jean Frebault, conseiller développement, Grand Lyon

Il aurait été souhaitable, dans l’exposé de Météo France, d’approfondir les leviers qui
permettent de s’adapter au changement climatique. L’objectif est de faire baisser un peu la
température, mais il pourrait être de savoir comment se protéger de températures plus
élevées. Par ailleurs, on pourrait s’intéresser à un spectre beaucoup plus large de leviers
d’actions de l’aménagement urbain : forme urbaine, largeur des rues, végétalisation dans la
ville...

Valéry Masson

Nous venons effectivement de commencer divers projets de recherche, notamment avec le
centre scientifique et technique du bâtiment, pour travailler sur d’autres aspects liés à la
structure du bâtiment, aux formes urbaines, à la végétation. C’est une piste que nous
commençons à explorer.

Marie-Claude Malhomme, MCM Conseils

N’existe-t-il pas des leviers dans d’autres pays, des expérimentations desquelles s’inspirer ?
Par ailleurs, concernant les groupes en place pour le plan d’adaptation, aurons-nous des
éléments avant 2012 ?

Valéry Masson

S’agissant d’aller chercher d’autres compétences en Europe, les Allemands ont des
recherches plus avancées sur les éco-quartiers, les toitures végétalisées. Une structure
européenne de recherche vient de se mettre en place sur la question du climat et l’un de ces
ateliers aura pour thème le changement climatique et la ville.

Daniel Delalande

Concernant les groupes, il est prévu qu’ils remettent leurs recommandations et propositions
courant juin. Il y aura ensuite une consultation au niveau régional et une consultation du
public, avec une remise du rapport au Ministre en octobre. Ce rapport sera rendu public.
Jean-Paul Chirouze, Association scientifique et technique pour l’environnement
Comment articuler une planification d’objectifs avec une planification sur les moyens, sous
contrainte de moyens limités ? La question entre l’État, la région et le local est aussi de
savoir comment l’on fait pour confronter des ambitions et des objectifs généraux avec des
moyens limités ?

Daniel Delalande

Ce que montre Copenhague est que maintenant, on n’arrive même plus à se mettre d’accord
sur les objectifs. Si l’on s’est mis d’accord sur la question de deux degrés, on ne s’est pas
mis d’accord sur les étapes intermédiaires en termes d’objectifs pour 2020 qui permettraient
de ne pas dépasser les deux degrés.

Sur les moyens, l’État, via le Grenelle, a mis en place un certain nombre de moyens. A ce
titre, la dépense fiscale liée au crédit d’impôt au développement durable est de 2,7 milliards
l’année dernière. Il faut effectivement trouver la bonne articulation sur les outils de
financement et les schémas sont l’occasion de poser cette problématique.

Christian Labie

Concernant les stations de montagne, sur les cinq pays principaux de l’Arc alpin, il y a 660
stations de ski. Si nous avons +2° de réchauffement, nous perdons un tiers des stations en
matière d’enneigement naturel viable. Si nous avons +4°, nous en perdons deux-tiers. Pour
s’adapter, les canons à neige ne sont pas évidents à une telle échelle. De plus, un canon
consomme environ 5 000 m3 d’eau par an. La solution de court terme pour maintenir en état
certains fonctionnements n’est pas évidente. Le service public a des responsabilités
importantes en la matière, par rapport à des phénomènes où le privé n’ira jamais comme les
risques majeurs naturels (éboulements, coulées de boues). Il faut donc se poser la question
de mobiliser les différents acteurs et de les faire travailler ensemble.

· Exposé

Anne-Marie Levraut, direction générale de la Prévention des Risques, MEEDDM

Nous savons qu’un certain nombre de risques naturels seront aggravés par le changement
climatique, mais déjà aujourd’hui, il existe un grand nombre de risques naturels qui se sont
produits dans le passé, comme la crue de 1910 à Paris, ou le récent séisme d’Haïti. Le
territoire français est exposé à de nombreux risques naturels. Sur le territoire métropolitain,
les inondations sont le risque le plus courant et le plus coûteux. Si l’on prend l’ensemble du
territoire national, le risque le plus grave est sans doute le scénario du séisme historique aux
Antilles dont on pourrait craindre qu’il soit du même ordre que celui d’Haïti, avec des
conséquences dramatiques en matière de vies humaines. En fonction des risques naturels et
de leur nature, ils seront ou non aggravés ou modifiés par le changement climatique.

Dans la prévention des risques naturels, la problématique de l’approche locale et de la ville
durable, toutes les villes sont construites dans des sites vulnérables, beaucoup de nos
grandes villes sont construites au bord de cours d’eau.

La politique de prévention des risques naturels se place dans le cadre d’une réflexion
internationale, avec notamment une organisation au niveau de l’ONU, lequel a fait un travail
important ces derniers temps sur les liens entre prévention des catastrophes naturelles et
pauvreté. Ainsi, on constate que les conséquences des risques naturels sont d’autant plus
importantes que le pays est pauvre, avec un engrenage puisque le pays est plus vulnérable
s’il est pauvre et mal éduqué. La capacité à rebondir après une crise peut être améliorée par
des mesures liées à l’éducation. L’Europe s’est saisie plus récemment des problématiques
de prévention des risques naturels, avec la directive de 2007 sur l’évaluation et la gestion
des risques d’inondation, devant être mise en œuvre au cours des prochaines années.
L’Europe s’est également intéressée de manière plus globale aux problématiques de risques
naturels via deux communications de février 2009 qui encouragent la mutualisation des
connaissances et la recherche.

Au niveau français, la politique de prévention des risques naturels est composée d’une
architecture de différents textes, notamment celui de 1982 qui a permis de rembourser, via le
système assuranciel, les catastrophes naturelles qui ne sont pas des phénomènes
assurables, avec l’obligation de payer une surprime sur tous les contrats d’assurance
habitation ou véhicule. En contrepartie, l’État s’est engagé à mettre en place une politique de
prévention et de limiter l’augmentation des enjeux en zones exposées aux risques naturels.
Par ailleurs, les différentes lois ont mis l’accent sur la sécurité des personnes et sur la
responsabilisation. La loi de 2004 va jusqu’à dire que chacun est responsable de son
comportement et doit se comporter comme un acteur en matière de sécurité civile. Les
objectifs de la prévention des risques naturels est d’éviter les catastrophes naturelles
majeures, celles qui compromettent durablement la vie des territoires, et de réduire les
conséquences dommageables des risques naturels sur les personnes, les biens, les
territoires, leur développement.

Les phénomènes naturels sont inévitables et la seule chose que nous puissions faire est de
réduire notre vulnérabilité et adapter nos comportements, nos biens, notre aménagement du
territoire, nos constructions, nos activités. Par rapport à la ville, cela pose la question de la
ville résiliente, sachant que l’enjeu d’un redémarrage le plus rapide possible après la
catastrophe est très important. La politique de prévention des risques est déclinée au niveau
du territoire, puisqu’il n’y a pas deux enjeux identiques, avec une nécessité de solidarité pour
faire face aux impacts (solidarité foncière, territoriale). En la matière, nous rencontrons la
difficulté à mobiliser les acteurs et de les faire travailler ensemble autour d’un projet.

La politique de prévention des risques naturels s’articule autour d’un ensemble de piliers de
la prévention. Il faut utiliser tous les leviers disponibles : la connaissance des phénomènes
naturels, la connaissance des enjeux et de leur vulnérabilité, le suivi et la surveillance des
aléas, voire la prévision, l’information préventive, la prise en compte des risques dans
l’aménagement. Il ne s’agit pas d’interdire, mais de gérer et trouver des solutions communes
à la politique de prévention. Au niveau des outils, on retrouve donc tout ce qui concerne les
travaux d’aménagement et de protection. C’est une politique qui a été beaucoup portée
depuis le XIXème siècle, sur laquelle on s’interroge aujourd’hui parce que les instruments de
protection peuvent eux-mêmes devenir des sources de danger, comme le vieillissement des
digues et la carence de maitrise d’ouvrage qui font que des ouvrages qui étaient construits
pour protéger finissent par tuer s’ils rompent. Il faut à ce titre insister sur l’opportunité que
représentent les opérations de renouvellement urbain, pour essayer de remettre à niveau
l’habitat existant.
Tout ceci pose la question du risque acceptable et de la gouvernance. L’État met en œuvre
des lois, mais à une échelle plus fine, tout n’est pas défini dans la loi et la question du risque
acceptable est très difficile. Au mois de septembre dernier a été installé le Conseil
d’orientation pour la prévention des risques naturels majeurs au niveau national, instance qui
permet de discuter entre les différents ministères, les parlementaires, les élus locaux et des
personnalités qualifiées, autour des sujets de la politique de prévention des risques pour
qu’elle soit connue, comprise, acceptée voire partagée et qu’elle puisse évoluer.

Finalement, en matière de prévention des risques, il y a toutes les échelles : nationale, pour
donner des règles, puis une déclinaison à différentes échelles locales. Au niveau de l’échelle
de temps, nous avons des difficultés de dialogue. L’État se doit d’avoir des visions à long
terme et nous sommes souvent confrontés à des incompréhensions ou à des conflits de
politiques publiques puisque les collectivités peuvent avoir une vision d’enjeu de
développement qui n’est pas à la même échelle temporelle.

Au niveau du changement climatique, il est clair que la sécheresse géotechnique sera
accrue avec l’augmentation des canicules. Financièrement, si les scénarios se révèlent, cela
peut représenter 600 millions à 1,3 milliards d’euros par an.

Aujourd’hui, nous considérons que l’adaptation au changement climatique est peut-être une
opportunité pour améliorer la politique de prévention des risques. Cette politique va avoir un
certain nombre d’évolutions. Des questions se discutent au niveau du littoral dans le cadre
du Grenelle de la Mer. Le plan national d’adaptation aura un volet risques naturels. La
directive européenne sur les inondations permet de changer de logique : au niveau de
chacun des grands bassins hydrographiques, et au niveau des territoires les plus impactés
par les risques d’inondation, on va adopter une démarche de projet, c’est-à-dire s’interroger
sur le diagnostic à l’heure actuelle et sur les objectifs de réduction des conséquences
dommageables du risque inondation que l’on se fixe.

Guy DANIEL, adjoint au maire de Sommières

La ville de Sommières compte 4 500 habitants. Elle est située dans le Gard, au bord du
Vidourle. Le 9 septembre 2002, les eaux sont montées à 8 mètres. Certaines habitations
dans les quartiers anciens avaient 1,20 mètre au premier étage, soit plus de 5 mètres au
niveau du sol. Un plan communal de sauvegarde a donc été mis en place, il comporte trois
états de vigilance : état de veille, état d’alerte et état de crise. En 2009, il y a eu 9 états de
veille, 2 états d’alerte et 1 état de crise. L’état de veille fait suite à des vigilances météo
orange. Nous disposons d’un plan d’intervention gradué qui permet de définir, suivant les
niveaux de crise, les quartiers de Sommières atteints par les différents niveaux.

Au niveau de l’organisation des cellules, la cellule de crise comporte quatre cellules : une
cellule de commandement, une infrastructure logistique, une cellule hébergement et la
cellule communication, chaque cellule ayant des personnes et des rôles bien définis.

Au niveau des moyens de communication, par téléphone, la cellule peut agir sur les
préfectures, les écoles, la police, les correspondants de quartier, les pompiers, les mairies
en amont et en aval.

Nous disposons de divers moyens de communication avec la population. Certains sont très
anciens comme la sirène, un circuit de haut-parleurs, des affichages en mairies et des
correspondants de quartiers. Par téléphone, nous disposons d’un serveur vocal où toute
personne qui n’entend pas la sirène et les haut-parleurs peut se renseigner sur l’évolution de
l’inondation. De même, notre page internet « inondation » permet d’avoir ces informations. En
outre, lorsque l’alerte est déclenchée, nous pouvons appeler 2 000 personnes en 20
minutes, avec un suivi pour savoir si les gens ont été appelés ou pas. Notre dernier relai est
la radio France Bleu Gard Lozère qui permet de donner des informations, notamment en cas
de panne électrique. A ce titre, la mairie a mis en place un groupe électrogène puissant qui
lui permet d’être alimentée, même en cas de coupure électrique.

Au niveau des travaux réalisés, les barrages écrêteurs d’une contenance de 30 millions de
mètres cubes n’ont pas permis de protéger Sommières lorsqu’il est tombé 1 000 millimètres
d’eau en l’espace de 48 heures.

Après les inondations de 2002, le pont de la ville a été pratiquement obstrué et nous avions
peur qu’il parte. Le syndicat mixte départemental d’aménagement du Vidourle a profité de la
courbe du Vidourle et a mis un bassin de rétention avec un peigne à embâcles. Ainsi,
lorsque les gros embâcles vont arriver, ils seront retenus par le peigne.

Au niveau des travaux à faire, il est prévu des retenues collinaires en amont sur les affluents.
En matière d’urbanisme et sur le bâti, notre PLU a été approuvé en février 2008,
préalablement à l’approbation du PPRI qui a été approuvé en juillet 2008. Au terme de
nombreux échanges et arbitrages avec les services de l’État, le PLU de la ville de
Sommières a pris en compte le risque inondation tel que défini dans le projet PPRI.

Quelles sont nos préoccupations actuelles ? Dans le PPRI, il est préconisé de mettre les
compteurs EDF au premier étage. Or, nous avons de grandes difficultés à ce qu’EDF le
fasse. De plus, il faudrait une information régulière adressée à la population concernant les
mesures imposées par le PPRI sur les constructions existantes. Actuellement, une étude
pré-opérationnelle de réduction de la vulnérabilité de l’habitat et des bâtiments publics est en
cours de montage sous maitrise d’ouvrage de la communauté des communes. Nous
sommes en train de faire un PPR intercommunal.

La chambre de commerce et d’industrie de Nîmes a déjà conduit une étude sur la
vulnérabilité, notamment celle des commerces en centre-ville.

S’agissant de la requalification d’un espace urbain en zone inondable, prévu dans le cadre
de l’Agenda 21 local, il est question de reconquérir une friche urbaine et d’en faire un
équipement collectif générateur de lien entre les quartiers et les populations. Malgré la
possibilité de réaliser cet aménagement au regard du PLU et du PPRI et les acquisitions
amiables réalisées, le préfet nous interdit de valoriser ces espaces. C’est certainement une
erreur de lecture des textes et cela devrait s’arranger.

Par rapport à la sécurité des déplacements, au moment de la crise, des voies de circulation
doivent être fermées par les services des routes du conseil général ou par le service de la
mairie. Une procédure existe, elle définit qui fait quoi, quand et comment, en collaboration
entre le Conseil général et la mairie. Nous souhaiterions que cette fermeture soit davantage
dissuasive. Il s’agit actuellement de panneaux « route inondée » et malheureusement, des
gens passent quand même, enlèvent les panneaux et oublient de les remettre. Nous
souhaiterions que ce soient des barrières, que ceux qui décident de passer le fassent en
connaissance de cause.

A Sommières, la Vidourle fait partie intégrante de notre vie et de notre patrimoine. Donc, les
inondations aussi. Par une urbanisation réfléchie et cohérente, par l’aménagement de
l’espace public en tenant compte des crues, par une communication la plus précise possible
pour les habitants, essayons de minimiser au maximum leurs conséquences.

Michel Cenut, Certu

Nous voyons qu’à travers cette déclinaison locale, c’est toute la mise en œuvre de la
politique de prévention et de gestion de crise que vous avez évoquée.