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Contributions des intervenants et partenaires

Comment valoriser une enquête sur les déplacements ?

Benoit Vimbert
Agence de développement et d’urbanisme de l’agglomération strasbourgeoise

Mon propos traitera exclusivement de l’enquête ménages déplacements :
- une enquête sur les pratiques de déplacements des ménages sur une journée « normale » de la semaine.
- une enquête extrêmement riche (plus de 250 variables sur les ménages, les personnes, les déplacements, les trajets et les opinions des sondés).

1. QUE PEUT-ON FAIRE D’UNE ENQUÊTE MÉNAGES DÉPLACEMENTS ?

Une EMD permet de présenter de manière pédagogique :
- des éléments de connaissance de la mobilité individuelle
- d’expliciter comment l’on passe des pratiques individuelles aux enjeux collectifs : les approches environnementales (comment passe-t-on de répartition modale de déplacements à des répartitions modales en distances parcourues ?)
- des potentiels quantitatifs (quantifications de flux pouvant permettre d’identifier des lignes de transports en commun ou de vérifier leur opportunité, alimenter les modèles de trafic) ou qualitatifs (marketing des déplacements en identifiant les populations à cibler pour développer l’usage des TC ou des modes actifs).
- une évaluation de l’efficacité des politiques publiques (sur la base d’analyse territorialisées et diachroniques)
- des analyses transversales et des approches sur les modes de vie (comment l’enquête ménages déplacements peut contribuer au moins dans les diagnostics, aux SCOTs, mais aussi aux PLH (en connaissant le statut d’occupation du logement) ou PLU (en analysant le taux de motorisation et l’usage de la voiture en fonction de la pression sur le stationnement).

Je compte présenter la manière dont ces présentations sont faites à Strasbourg, en précisant à chaque fois, l’objectif, le résultat et la manière de présenter pédagogiquement le résultat.

2. QUELLES SONT LES DIFFICULTÉS RENCONTRÉES ?

- un choix initial lourd de conséquences : toutes les possibilités énoncées précédemment ne se cumulent pas. Un choix est à faire entre une bonne connaissance des flux et une bonne connaissance des pratiques (questionnaire téléphonique ou face à face)
- le déplacement : une notion qui pose question... et qui répond principalement aux besoins de répondre à la demande en déplacements... et pas forcément aux questions du Grenelle
- savoir quelles questions poser. C’est souvent lors de la réflexion préalable sur les objectifs de la réalisation de l’enquête que se déterminent le questionnaire complémentaire qui ajoute une plus value importante au questionnaire standard.
- une technicité qui n’est pas insurmontable... mais qui n’est pas à négliger
- l’enquête peut se traiter sur des outils classiques (Excel, Oracle, SAS), et le CETE Nord Picardie met à disposition un logiciel qui émule SAS et qui permet de lever les difficultés logicielles.
- en revanche, il reste une vraie compétence à créer dans les façons de faire, car les pièges sont nombreux (filtres sur une population donnée, découpages qui ne sont pas forcément identiques d’une année sur l’autre et qui compliquent les comparaisons d’une enquête à l’autre, ...)
- des coûts de recueil d’information élevés : il y a donc un enjeu à en tirer le maximum dans un contexte financier très contraint pour toutes les collectivités.
- pour y travailler, il faut donc investir du personnel, ce qui est à prendre comme une opportunité pour :
- faire sortir ces enquêtes du seul champ des transporteurs, et se rapprocher de l’ensemble des acteurs de la ville et de l’aménagement du territoire,
- un moyen de développer la transversalité, de quantifier l’imbrication des thématiques les unes dans les autres.

3. QU’EST CE QUE NE FAIT PAS UNE ENQUÊTE MÉNAGES DÉPLACEMENTS ?

- un suivi régulier : les enquêtes ménages ont lieu à un moment précis et sont donc à prendre comme des photographies, des points et leur faible fréquence de réalisation (liée au cout) interdit de les utiliser pour des suivis réguliers
- les comportements atypiques : comme son nom l’indique, l’enquête ménages déplacements est une enquête. De ce fait, on enquête en général environ 1% de la population totale. C’est déjà énorme... mais devient très vite limitatif si l’on souhaite s’intéresser à des comportements marginaux.
- la question des « pourquoi ? » : par exemple, pourquoi la part modale du vélo ou des TC ou du covoiturage ou ... est elle à ce niveau ? L’EMD est une enquête sur les comportements. Pour répondre aux questions de type pourquoi, elle servira de base pour bâtir des hypothèses. Vérifier ces hypothèses impliquera de réaliser des études spécifiques sur une population idoine.
- les stratégies à l’échelle de la semaine : L’enquête ménages déplacements se fait traditionnellement du lundi au vendredi. Rien n’interdit de le faire sur la journée du samedi, mais en général ce choix n’est pas fait compte tenu du surcout qu’il engendre par rapport à des questions qui ne sont encore qu’émergentes. En revanche, structurellement, ce type d’enquête ne permet pas de mesurer les éventuelles stratégies de rationalisation des ménages à l’échelle de la semaine.

4. QUELS PROGRÈS ?

- Améliorer les sorties standards : les analyses standards sont à la fois très complètes et en même temps peu opérantes dès que l’on se pose une question un peu précise. Peut être faudrait il aller vers des analyses standards et non des tableaux standards !
- Mesurer le report modal : l’enquête ménages déplacements permet de mesurer des parts modales à un moment donné, mais n’identifie pas en tant que tel les ménages qui ont modifié leurs comportements... et ne peut donc pas réellement interroger la raison des modifications de comportement. Suivre une cohorte au cours du temps... pour vraiment mesurer un report modal ? Est-ce possible ?
- Les analyses montrent des phénomènes d’arbitrage des ménages à l’échelle de la journée. Il en va probablement à l’échelle de la semaine. Comment les intégrer, sachant qu’elles peuvent être une explication structurelle de la baisse de la mobilité quotidienne observée ?
- La lourdeur et le coût de la démarche sont loin d’être négligeables... quels autres outils complémentaires, également labellisés et moins couteux pourraient être « inventés » ? A une échelle européenne ?